Dreamland

Dreamland
.


J'ai rêvé de Tokyo. Je ne connais pas cet endroit, une méga city que je n'ai pas envie de connaître. J'y ai vu les lumières aveuglantes et de la vapeur à tous les coins de rue – c'est à peu de choses près l'idée que je m'en faisais – puis toi. Une vilaine blessure qui dérange à nouveau. J'ai d'ailleurs ressenti la douleur, la vraie, au réveil. Toi et moi à Tokyo, le rêve ! Je dois dire que c'est assez amusant, je ne me souviens pas t'avoir déjà demandé si tu voulais voir Tokyo un jour ou plutôt vivre Tokyo. Avec le temps, je ne sais même plus ce que je t'ai demandé et c'est bien comme ça. Je m'égare un peu, puisque la vedette de cet article douteux, c'est Tokyo. La maison ou l'appartement dans lequel nous logions était en bois gris, aurais-je une vision si étriqué des logements tokyoïtes ? Dehors, personne. Encore une superbe incohérence, mais c'est peut-être comme ça que je rêve Tokyo : une fourmilière vide. C'est tout moi ça, je raconte mes rêves désormais ! Je dois avoir écoulé le stock de mes histoires farfelues pour le moment, alors j'imagine que cet article vide d'intérêt ne vous passionne absolument pas, moi je m'amuse bien.
Revenons un peu à Tokyo, car pour le moment c'est inconsistant. Je crois bien que mes parents étaient là aussi avec le recul, sorte de ménage à quatre malsain puisqu'il n'y avait qu'une seule pièce. Etait-ce des vacances ? Je n'en suis pas sûr, puisque j'ai dans l'idée que cet endroit nous appartenait. Etions-nous tokyoïtes ? Impensable ! Regardez donc nos yeux. Non non ! Très sûrement immigrés et sans-le-sou. Quel sombre tableau, à ce stade là ce n'est plus un rêve, pourtant je crois bien que j'étais heureux comme ça, sûrement à cause de toi ! Je pourrais rêver de l'enfer, si tu y étais, ça m'irait très bien. Je me suis trompé, imbécile comme toujours, finalement la vedette ici c'est bien toi.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 07 novembre 2009 20:28

" Vous qui, dans les langueurs d'un esprit monastique, ignorez de l'amour l'empire tyrannique, que vos coeurs sont heureux puisqu'ils sont insensibles. Tous vos jours sereins, toutes vos nuits paisibles."

" Vous qui, dans les langueurs d'un esprit monastique, ignorez de l'amour l'empire tyrannique, que vos coeurs sont heureux puisqu'ils sont insensibles. Tous vos jours sereins, toutes vos nuits paisibles."
.


Je ne vous ai jamais appartenu. Je n'appartiens pas à ce pays non plus car je suis le garçon des quais, des aérogares et du ciel, là où le silence est roi. Il n'y a personne. Je me souviens des blés fauchés, étendus et pieds coupés, comme moi, las tout au plus. Le ciel, encore le ciel, superbe !
Je sais désormais ce que j'ai perdu. A force d'y voir trop clair, je deviens inconscient.
Heureux sont les soucieux ! Depuis un temps, je ne me soucie plus de rien, pas même de ma petite personne. Léthargie que tu es délicieuse ou dangereuse, je ne sais plus très bien. Le bonheur c'est l'éther, l'asphyxie c'est dehors, elle est dans la foule. Ne sortez plus de chez vous car derrière vos portes, c'est le chaos, état d'urgence oblige.
Je ne serai jamais soldat et je ne mourrai jamais au front car pas assez impliqué, trop égoïste et surtout trop lâche.
Partisan du laissons faire, je dois être l'énième ingénu à penser que quelque chose ou quelqu'un – je préfèrerais le second – me sauvera.
Quand je serai devenu trop imparfait, lorsque mes yeux seront crevés pour de bon, je plaisanterai de cette fichue naïveté qui me caractérisait tant. L'ennui, actuellement, c'est que ma petite corrida à moi vient à peine de commencer et je ne sais, pour l'instant, qui encorner le premier
.



#
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 21 octobre 2009 10:16

Modifié le samedi 07 novembre 2009 20:37

" California killed me "

" California killed me "
.

Sous mon voile blanc, j'étais triste. « Jusqu'à ce que la mort vous sépare » venait d'être prononcé devant Dieu. Mariage d'amour ou mariage forcé, il n'y avait qu'un pas entre les deux pensai-je. Je contins un rire, la chapelle était encore silencieuse et les alliances se faisaient attendre. J'avais rencontré Andrew en Californie l'année précédente alors que j'étais en pleine quête d'inspiration pour mon nouveau roman. A mon retour en France, le roman n'avait jamais atterri et j'étais revenue avec un cow-boy dans mes bagages. J'avais succombé pour lui à Santa Cruz ou peut-être bien à Santa Jose, maintenant que j'y pensais, je ne me souvenais plus très bien. Je me rappelais clairement de cette soirée où nous avions ri en entrant dans le bar et chanté en repartant. Nous avions parlé de Nietzsche, de politique, de Nina Simone, des Velvet Underground et j'avais été conquise.
Les alliances arrivaient. Andrew me passa la bague au doigt comme on harnachait un jeune canasson. J'y étais, enchaînée jusqu'à la nuit des temps. Je n'étais pas une femme à marier et je le constatais amèrement. J'eus alors le sentiment d'avoir été sous substance pendant six mois et de ne redescendre qu'à cet instant. Piégée ! Quelle idiote !
« Pascale, you're so beautiful » me dit-il en sortant de la chapelle, arrosés sous une pluie de riz. Je répondis un bref merci. Je parlais toujours en français quand quelque chose m'ennuyait avec lui, en l'occurrence notre mariage à ce moment là.
Mes parents, ravis, étaient là bien entendu. Mon père l'appréciait parce que Andrew vouait une passion aux vieilles automobiles tout comme lui et je soupçonnais ma mère d'être secrètement éprise de lui. Je lui aurais volontiers cédé à ce moment même.
Le mois suivant, nous divorcions. J'avais dit à Andrew que je m'étais lassée comme on se lasse d'un bijou ou d'un beau vêtement qui nous seyait si bien auparavant. Il l'avait mal pris évidemment et avait sauté dans le premier avion après le divorce. Je n'ai jamais eu de nouvelles de lui par la suite. J'étais le monstre de la famille. Quant à moi, je recommençai à écrire. Ecrire toujours, jusqu'au prochain garnement.

# Posté le mercredi 07 octobre 2009 16:48

L'homme des glaces.

L'homme des glaces.
.


Un dîner dans un restaurant.

_ Tu ne dis rien depuis le début du repas. Tu t'ennuies ?
_ Non, bien sûr que non. Je suis simplement comme ça, j'aime me concentrer sur mon assiette.
_ Te concentrer sur ton assiette ? C'est la première fois qu'on me dit ça, tu as besoin de concentration pour ça ?
_ Non, mais je voulais dire, je n'ai pas grand chose d'intéressant à raconter vois-tu ?
_ Allez ! Arrête un peu ton cinéma, on ne me la fait pas à moi ! Tout le monde à quelque chose à raconter, puis je te taquinais seulement. Tu me fais rire mine de rien ! Je sais ce que tu es, au fond tu dois être un gros nounours qui n'attend que d'être câliné!
_ Un gros nounours ? Je n'ai jamais aimé cette expression. Gros nounours, c'est avant tout méchant pour la personne nommée de la sorte, sous-entendu : « Tu es enrobé mais je m'en accommoderai bien car tu as l'air gentil, timide... » Et tout le tralala habituel. Bien tu veux que je te dise Marine, même si cela est dit avec toutes les meilleures intentions du monde, l'ours polaire par exemple ne reste pas moins qu'un prédateur. Il est massif, il cogne, il mord, il déchiquète la chair et il s'abreuve du sang de ses victimes. Veux-tu toujours que je sois ton gros nounours ?
_ On peut dire que tu as le chic pour mettre les nanas mal à l'aise au premier rendez-vous. France m'avait pourtant dit que tu étais quelqu'un de sympathique, quoi qu'un brin timide, mais tu viens de me prouver le contraire !
_ France est une collègue de boulot, on se salue le matin, on échange quelques banalités à la machine à café. France est une inconnue et par conséquent ne me connaît pas, tout autant que ces étrangers dans ce restaurant minable. Puis ne te qualifie pas de « nana », c'est vulgaire, d'ailleurs tu es une femme vulgaire et le plus sidérant c'est que tu ne t'en rends même pas compte.
_ Tu ne dépasses pas un peu les bornes là ?! Tout ça pour une histoire de gros nounours, je crois rêver !
_ Non pas tout cela pour une histoire de gros nounours Marine ! Tu es comme ces filles qui ne demandent qu'une chose, tu veux être réconfortée et sautée ou l'inverse, ça m'est égale. Eh bien je ne suis pas un homme qui réconforte.
_ T'es un homme qui saute les femmes alors ?
_ Voilà, c'est tout le problème avec toi, je me permets une familiarité et tu débordes dans tous les sens. Va t'en, je suis un ours désormais ! VA T'EN ! Tout le monde nous regarde mais ce n'est pas grave, car nous sommes au pôle nord et il fait froid et je suis épuisé et j'ai besoin de viande pour me revigorer .

Elle s'en va.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 09 septembre 2009 14:30

Lettre à Gaspard.

Lettre à Gaspard.
.


Je n'ai plus le c½ur à vous parler Gaspard, pas le temps d'entendre vos projets, qu'ils soient louables ou fumeux. Cessez de m'importuner. Ne voyez-vous donc pas que je ne suis plus apte à vous écouter ? Vos entourloupes et vous-même êtes rangés au placard. Je pense vous avoir conseillé, aidé, ou même dirigé à l'occasion et vous n'avez pas eu la délicatesse de me remercier. C'est tout ce que je sais des hommes désormais, vous n'êtes ni le premier et encore moins le dernier. C'est regrettable d'envisager l'avenir de cette façon, mais voyez-vous, à mon âge il était temps que j'apprenne, d'une façon ou d'une autre, la vérité. Je vous ai confié mes secrets privés, au détour d'un sentier ou d'une partie de cartes à n'en plus finir, vous avez, au mieux écouté poliment, au pire simulé un quelconque intérêt. Une fois votre flot de problèmes déversés, une fois mon cerveau saturé, vous vous éloigniez. Vous avez longtemps pensé – souvent à tort – que je serais toujours là pour parfaire votre éducation, mais vous n'êtes qu'un jeune galopin qui se frotte aux seins d'une femme dont les ressources sont épuisées depuis bien longtemps. Ainsi, Gaspard, je tire ma révérence, il n'y aura pas de fin de partie, seulement quelques cartes déposées ça et là sur une table un peu poussiéreuse où les traces de nos verres de vin sont encore visibles, là où nos éclats de rire résonnent encore à la nuit tombée. Je devine presque votre étonnement, je peux voir vos sourcils se froncer, l'air que vous prenez lorsque quelque chose ne va pas dans le bon sens, cet air que je connais si bien et que j'ai même détesté de temps en temps. Vous allez me manquer, un moment sans doute, mais on se remet de tout, vous verrez. C'est une courte lettre pour trois ans d'histoires et c'est aussi les seuls mots que j'ai pu coucher pour vous dire adieu. Je regrette de ne plus avoir votre âge, nous nous serions entendus à merveille. Seulement, l'insouciance que l'on peut avoir à vingt ans, si charmante soit-elle, n'est plus vraiment de rigueur à mon âge. Sachez que j'appréhende votre départ avec une sagesse qui m'est peu commune, car – et il faut se faire une raison - la solitude est notre lot à tous et je peux désormais vivre les derniers instants qui précèdent les quatre planches comme je l'entends.

Pascale.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 01 août 2009 22:16